03/05/19

Amandine Hesse: ''J’avais toujours rêvé de remporter un match décisif en Fed Cup''

Fed Cup

À 26 ans, Amandine Hesse a déjà réalisé certains de ses rêves en tennis, comme celui de jouer et gagner des matchs en Fed Cup avec ses copines de l’équipe de France. Mais la pétillante Toulousaine, née à Montauban, ne manque pas d’objectifs. À commencer par celui de remonter au classement pour pouvoir disputer les meilleurs tournois. Depuis le CNE où elle s’entraîne régulièrement, la 216e mondiale s’est confiée avec honnêteté et simplicité sur ses débuts, son amour du maillot, son amitié avec Kristina Mladenovic, mais aussi ses difficultés et ses bonheurs dans son quotidien de sportive de haut niveau. Entretien.

Avec vos deux parents entraîneurs vous avez toujours baigné dans l’univers du tennis…
Oui. Toute ma famille joue au tennis, donc je ne pouvais pas passer à côté, mais j’ai commencé toute seule contre un mur vers l’âge de cinq ans. Ensuite, j’ai intégré l’école de tennis du Stade Toulousain et j’ai tout de suite accroché avec la compétition. D’ailleurs, j’ai gagné le premier tournoi auquel j’ai participé. Évidemment, j’étais très bien entourée, mes parents m’ont toujours soutenue mais jamais forcée.

Comment s’est passée votre progression ?
J’ai pris mes premiers cours avec mon père – qui m’entraîne encore aujourd’hui – mais il a aussi demandé aux autres profs du club, dont Philippe Reboul, de s’occuper de moi pour avoir des regards différents. Petite, tout est allé assez vite. J’étais dans les meilleures de ma catégorie, donc j’ai commencé à m’entraîner à la ligue avec… ma mère, Nicole, puisqu’elle était CSD à la ligue d’Occitanie, puis vers 12 ans, j’ai intégré le Pôle France à Toulouse, où j’ai recommencé à m’entraîner avec mon père qui avait été recruté par la FFT. J’ai eu la chance de toujours rester dans mon cocon familial, entourée par mes parents. Même quand je suis partie à Paris pour intégrer le CNE, puisque mon père y est venu aussi. Il m’y a entraînée deux ans avec Lise Marbach. C’était sympa d’avoir une autre fille avec qui partager ça, surtout qu’elle habitait chez nous. J’ai ensuite fait deux ans seule avec mon père, avant de rejoindre l’INSEP pour passer mon bac avant un retour au CNE.

On a énormément voyagé sur le circuit juniors. Je n’étais plus trop chez moi, on faisait de longues tournées. Mais j’avais mon père avec moi et j’ai passé aussi beaucoup de temps avec Kristina Mladenovic à ce moment-là.

C’est à ce moment-là que vous êtes devenues amies ?
On se connaît depuis l’âge de 10 ans, l’époque des premiers rassemblements avec la fédération. Au début on ne se parlait pas beaucoup mais je me souviendrai toute ma vie de la première fois que je l’ai affrontée. Je lui arrivais au nombril ! (Rires) Elle faisait déjà 1,50 m à 11 ans, j’étais impressionnée. D’ailleurs j’avais perdu nettement. Mais j’avais pris ma revanche lors du défi Tecnifibre qui se jouait au CNE. C’est plus tard, vers 14-15 ans, qu’on est devenues beaucoup plus proches. Elle partait souvent avec nous, même si elle avait son entraîneur. Son entraîneur physique, Cyril Brechbuhl, s’occupait aussi de moi pendant les tournées. On partageait notre chambre et tous les secrets qu’on peut avoir à cet âge-là. Un peu plus tard, mon père lui a parfois donné un petit coup de main à l’entraînement et on tapait régulièrement ensemble au Racing. On est restées amies et on est toujours en contact même si on se voit moins, car elle n’est plus beaucoup à Paris, et on ne joue pas les mêmes tournois. Mais c’est à chaque fois un bonheur de se retrouver.



Comme en équipe de France de Fed Cup par exemple…
Oui ! Ça nous a rappelé nos souvenirs de juniors. On adorait jouer toutes les deux, on a été championnes d’Europe et vice-championnes du monde ensemble ! Le maillot français nous a toujours fait vibrer. Et je crois que ça se voit en Fed Cup. C’était notre objectif en juniors et même si j’ai un peu moins réussi en simple, le fait d’avoir pu représenter mon pays avec elle et d’apporter un point décisif ensemble, c’est une très belle réussite.

La Fed Cup, vous en rêviez. Comment avez-vous appris votre première sélection ?
Je me souviens très bien du moment où Pierre Cherret m’a appelée, avant la rencontre contre la Suisse en février 2017. Sur le moment je n’avais pas compris que c’était juste en tant que sparring-partner. J’étais sur mon petit nuage et c’est en parlant avec Pauline (Parmentier) le soir même que j’ai compris que je n’étais pas vraiment sélectionnée. Mais ça restait top et j’étais tellement heureuse d’être là que j’ai fait une super semaine d’entraînement. J’étais si investie que Yannick a décidé de me sélectionner. Il me l’a annoncé dans la voiture qui nous amenait au dîner officiel le jeudi.

Comment avez-vous réagi à ce moment-là ?
Je lui ai sauté dans les bras. Je ne m’y attendais vraiment pas. J’ai presque pleuré je crois. Il m’a tout de suite demandé de faire une chanson… Je n’avais rien préparé donc j’ai chanté la Marseillaise, je trouvais que c’était dans le thème ! C’était vraiment un moment incroyable dans ce bus, tous ensemble, chantant la Marseillaise. Toute cette semaine était dingue, avec les filles et tout le staff qui est toujours aux petits soins pour nous, pour qu’on donne le maximum sur le court le week-end.

Et sur le terrain ?
J’ai dû me retenir de pleurer au moment des hymnes. Si Pauline avait craqué à côté de moi, je n’aurais pas pu résister… Lors du tout premier double que j’ai joué, c’était un peu particulier. On avait déjà perdu, tout le monde était triste… Et puis Kristina a décidé de jouer ce match avec moi et ça m’a vraiment touchée. Jouer mon premier match en Fed Cup à ses côtés, c’est quelque chose que je n’oublierai jamais et ça reste un beau souvenir malgré la défaite. Le groupe a vraiment commencé à se consolider à ce moment-là et ça nous a permis d’être plus fortes lors de la rencontre suivante.



C’est donc Yannick Noah qui vous a offert vos premières sélections : comment était-il en tant que capitaine ?
J’avais déjà croisé Yannick plusieurs fois car il s’est entraîné avec mon père à Nice, lorsqu’ils étaient jeunes. Il était très ému de revoir mon père et d’avoir sa fille dans l’équipe. Et pour mon père c’était très fort aussi. Moi je suis assez émotive aussi. J’aurais dû être très tendue et ne pas réussir à jouer, mais le fait d’avoir Yannick sur le banc m’a libérée et j’ai réussi à m’exprimer sur le court en oubliant tout le stress pour jouer mon meilleur tennis. Il arrivait à trouver les bons mots. Il est très cool, très avenant et le courant est passé tout de suite, il m’a prise sous son aile et le fait qu’il m’ait choisie pour le double décisif à Mouilleron-le-Captif (Premier tour 2018 contre la Belgique) a été très important. J’étais loin d’être la mieux classée et c’était un gros risque. Mais il avait vu mon envie, mes entraînements… Quand il m’a annoncé que je jouais, je n’ai même pas eu peur. Je n’avais qu’une envie, c’était de rentrer sur le court et de tout donner pour rapporter le point. Grâce à lui et Kristina qui ne m’a pas lâchée à partir du moment où j’ai appris que je jouais jusqu’à la balle de match, j’ai réussi à rester dans ma bulle et à jouer mon meilleur tennis. Ça reste le meilleur souvenir de ma carrière, j’étais très émue après.

On se souvient également de vos larmes à Aix…
C’était la dernière rencontre avec Yannick en tant que capitaine et c’était vraiment dur, car ce qu’on avait construit pendant deux ans était vraiment très fort. Ça allait au-delà d’une équipe de France, on était vraiment une petite famille. On pouvait compter les uns sur les autres et Yannick… C’était un peu notre papa ! Même en dehors des rencontres on échangeait régulièrement sur un groupe WhatsApp. D’ailleurs, il existe toujours et je trouve ça incroyable.

Comment avez-vous vécu votre non-sélection lors du premier tour contre la Belgique cette année ?
J’ai forcément eu un pincement au coeur quand Julien m’a appelée pour me l’annoncer. Ça m’a mis un petit coup derrière la tête même si évidemment Fiona et Caroline sont meilleures que moi. Il n’y a pas photo. Je trouve ça super que Caroline soit revenue. C’est important qu’elle soit là si on veut gagner la Fed Cup. Forcément, ça m’a fait bizarre de les suivre à la télévision mais j’étais super contente pour elles. Elles ont incroyablement bien joué, elles sont en demi-finales, c’est top et évidemment, si je peux, j’irai les soutenir en avril à Rouen.

Vous qui aimez les matchs par équipes, vous avez aussi vécu de belles émotions avec le Lagardère Paris Racing puis le TCP où vous jouez depuis 2015.
Oui c’est vrai, on a été championnes de France en 2013 (Lagardère Paris Racing) et 2017 et 2019 (TCP). Partager des moments avec d’autres filles ça fait du bien. J’ai toujours aimé ça ! Amener quelque chose à son club ou son pays c’est toujours bien. Ça nous change du reste de l’année où on ne joue que pour nous. Au TCP, on est aussi une bande de copines avec notamment Pauline et Stéphanie (Foretz). J’ai intégré l’équipe il y a trois ans mais je m’y suis très bien sentie tout de suite. Je connaissais déjà les filles et ç’a été très naturel. De manière générale, je garde de bons souvenirs de tous ces clubs (Stade Toulousain, Stade Français, Lagardère Paris Racing et TCP) dans lesquels j’ai joué.

Après avoir collaboré avec Stéphanie Foretz pendant deux ans, vous avez décidé de vous séparer, quelle est votre structure d’entraînement actuelle ?
Avec Stéphanie, on s’entend très bien et, quand elle a arrêté sa carrière, on a tout de suite pensé à elle. Ça s’est très bien passé, elle m’a apporté énormément mais je crois qu’on était arrivées au bout d’un cycle, donc depuis septembre, c’est mon copain, Thomas Doyennel, qui m’accompagne. C’est un ancien joueur de foot qui évoluait au Luxembourg. Après un choc sur un terrain, il a choisi d’arrêter sa carrière et il me suit. Comme c’est un sportif, c’est lui qui, en relation avec mes préparateurs physiques de Toulouse de Sport Pro Santé, m’aide pour le physique sur les tournois. Ça se passe très bien et ça me convient bien comme ça pour l’instant. Et quand je suis à Paris, c’est mon père qui me coache.



Quels sont vos objectifs ?
Revenir dans le top 200 rapidement et revenir à mon meilleur classement en espérant ensuite atteindre le top 100 pour participer à tous les Grands Chelems et faire les plus beaux tournois toute l’année.

Savez-vous ce qu’il vous manque encore pour atteindre cet objectif ?
De la constance. L’an dernier j’ai fait un ou deux bons tournois mais j’ai eu du mal à surfer sur cette dynamique, notamment à cause de quelques blessures. J’ai gagné un 25 000 $ à Madrid mais je me suis blessée juste après, au moment de Wimbledon. C’est toujours compliqué de retrouver de la confiance ensuite. Ce qui est difficile dans le tennis c’est qu’on perd quasiment toutes les semaines. Il faut que j’arrive à me détacher plus du résultat pour me mettre moins de pression et m’exprimer davantage sur le terrain.

N’est-ce pas trop dur de se remotiver chaque semaine ?
La passion est toujours présente, mais dans les défaites c’est toujours compliqué à gérer. C’est en gagnant des matchs qu’on retrouve de la motivation, donc il faut repartir au travail et s’entraîner. Et au tennis on a la chance de pouvoir se relancer toutes les semaines contrairement à certains sportifs qui n’ont que quelques rendez-vous par an.
J’ai la chance de faire le tour du monde, de vivre de ma passion, de visiter des pays incroyables, et il faut se rendre compte de ça parce que ça ne dure pas éternellement. Une carrière ça passe très vite. D’ailleurs j’ai 26 ans et j’ai l’impression que le circuit juniors c’était hier…



Avez-vous déjà pensé à la reconversion ?
Pas encore ! Je n’ai rien trouvé qui me passionne autant que le tennis, donc on verra plus tard. Évidemment, je pense à ma vie personnelle… C’est aussi ce qui est compliqué pour une femme. On a envie de faire des enfants mais pas d’arrêter notre carrière trop tôt. Faire un enfant et essayer de revenir ensuite c’est un risque important et c’est encore plus compliqué quand on n’est pas au top du classement, car chaque point compte et on n’a pas les mêmes moyens financiers pour s’entourer. Moi je suis très famille, donc c’est quelque chose de très important pour moi, j’aimerais aussi retourner vivre dans le Sud dans le futur mais pour l’instant je me concentre sur ma carrière et c’est plus simple d’être à Paris. Propos recueillis par Amandine Reymond

En bref…
➜ Bio express
• 26 ans
• Née à Montauban
• 1,64 m
• Droitière (revers à 2 mains)
• Meilleur classement :
154e (le 9/5/2016) en simple, 108e (le 2/5/2016) en double.
➜ Activité en Fed Cup
• 4 matchs disputés en 4 rencontres :
3 victoires contre 1 défaite en double.
• Débuts en 2017 contre la Suisse.