30/11/19

Comment (bien) choisir son côté en double ?

double tactique conseils coaching

Le meilleur coup droit à droite, le meilleur revers (ou le gaucher) à gauche ? Choisir son côté en double, c'est un peu plus compliqué que cela…

- "Au fait, tu préfères jouer de quel côté ?"
-
"Je n'en sais rien, comme tu veux !"

Que celui qui n'a jamais vécu un dialogue à peu près similaire juste avant un double – parfois décisif – me jette la première pierre ! Avouons-le : le choix du côté, dans les matchs de double amateurs, relève bien souvent de l'approximation, sinon de l'improvisation. Car bien souvent, on ne le joue que très occasionnellement en compétition, avec des partenaires différents et sans forcément connaître à l'avance son identité.

Comme les pros, pourtant, les joueurs amateurs gagneraient énormément à préparer davantage le terrain. Un choix judicieux du côté peut faire une différence cruciale. D'ailleurs, en préambule aux lignes qui vont suivre, sans doute aurait-on pu commencer par cette question : comment bien choisir son partenaire de double ? C'est une autre question qui nécessite avant tout de bien le connaître, humainement et tennistiquement.

Car choisir son côté, c'est non seulement connaître parfaitement ses forces et faiblesses, mais aussi celles de son partenaire. L'équation se résout toujours à deux, raison pour laquelle on peut préférer jouer d'un côté avec un partenaire, et de l'autre côté avec un autre partenaire. Le meilleur exemple a été donné pendant la Coupe Davis par Rafael Nadal, qui a joué un double côté droit avec Marcel Granollers, et l'autre côté gauche avec Feliciano Lopez. A chaque fois avec succès.

Il y a donc plusieurs cas de figure à prendre en compte, que nous avons élaborés avec l'aide de Vincent Bonnin, fondateur du site Blog Tennis Concept, réputé pour la richesse de ses analyses tactiques.

 

1/ Je connais ma diagonale de force

L'une des toutes premières questions à se poser est de savoir lequel des deux partenaires est le plus fort en coup droit, et lequel est le plus fort en revers. Ou, si les deux ont le même point faible, lequel est le "moins mauvais". Et ce en ne perdant pas de vue que l'on jouera essentiellement croisé, parfois décroisé, mais rarement long de ligne.

"Le premier critère à savoir, c'est dans quelle diagonale on est le plus fort en fond de court, synthétise Vincent Bonnin. Ça a un rapport avec la force du coup droit, la force du revers, si on est plus fort en décalage décroisé ou en croisant ses frappes… Le deuxième critère, le plus important selon moi, est de savoir de quel côté on retourne le mieux croisé. Généralement, c'est le même côté, mais pas forcément…"  

Le coup droit étant le point fort de la majorité des joueurs, on considère de manière basique que si la paire est constituée d'un droitier et d'un gaucher, les deux vont se placer sur leur coup droit : c'est-à-dire à droite, côté égalités, pour le droitier, et à gauche, côté avantages, pour le gaucher. On va voir maintenant que ça n'est pas si "simple"…

 

2/ Je préfère mettre mon coup fort au centre

On s'aperçoit qu'à haut niveau, et peut-être de plus en plus, les gauchers jouent en réalité souvent à droite. C'est le cas de Rafael Nadal, donc, mais aussi de Bob Bryan (photo), Jamie Murray… Vincent Bonnin a son explication : "Il faut savoir qu'en double, plus on monte dans les niveaux, plus les joueurs ont tendance à servir le T, pour boucher les angles aux relanceurs. Ces derniers, en réponse à cela, préfèrent alors mettre leur coup fort au centre."

A haut niveau, les joueurs aiment aussi placer leur "volée forte" au centre, qui diffère parfois du "coup fort" du fond de court. C'est une analyse étayée par l'ancienne joueuse américaine Gigi Fernandez, victorieuse de 17 Grands Chelems en double, sur le site baseline.tennis.com. "En double, la plupart des passings arrivent au milieu du court, donc ce n'est surtout pas là qu'il faut mettre sa volée faible."

Pour Vincent Bonnin toutefois, la "volée forte" n'est pas un des premiers critères à prendre en compte dans le choix du côté chez les amateurs. "Car le partenaire du relanceur ne touche pas la balle avant le 4ème coup de raquette, et encore, ça n'est pas évident que ce soit une volée."

Mais bon, sait-on jamais, mieux vaut connaître malgré tout sa "volée forte"…

 

3/ J'ai une nette différence de niveau avec mon partenaire

Attention, l'équation se complique encore un peu plus car il y a plusieurs écoles. L'une qui a longtemps fait loi est de placer le joueur le plus fort du côté des avantages. "Car c'est là où l'on joue le plus de points importants, les balles de jeu, les avantages, donc il faut impérativement mettre le plus solide ce côté-là", confirme Vincent Bonnin. Cette théorie a toutefois perdu un peu de sa véracité avec la généralisation du "no-ad" (plus d'avantages) dans les tournois de double.   

L'auteur de Blog Tennis Concept estime que ce qui doit primer désormais dans le cas d'une paire très disparate, c'est la préférence du joueur le plus faible. "De cette manière, on équilibre les niveaux et on homogénéise l'équipe." Pensez-y !

Conclusion : on le voit, le choix du côté en double est extrêmement complexe, plus qu'on ne le croit, parce qu'il y a énormément de paramètres à prendre en compte. Surtout, il y a la théorie, et il y a la pratique… Comme le dit Vincent Bonnin, le mieux reste encore de faire des tests grandeur nature. "N'oublions pas que l'on a le droit de changer de côté après un set, donc il ne faut pas hésiter si les choses se sont mal passé, on peut avoir de bonnes surprises. Après, si on a l'occasion de jouer régulièrement avec le même partenaire, je suis convaincu qu'il faut essayer les deux configurations. Rapidement, on verra laquelle est la meilleure…"

 

Et au padel ?

Le choix du côté est peut-être plus important encore au padel, où l'on va être emmené à jouer encore plus de volées et de smashes. Mais il est aussi, généralement, plus facile. Nous avions posé la question à Adrien Maigret, l'un des tout meilleurs joueurs français de la discipline, qui nous avait parfaitement expliqué les différentes possibilités : "En général, dans le cadre d'une équipe homogène "droitier-droitier", on placera le joueur le plus puissant à gauche car c'est lui qui finit les points : c'est lui, en effet, qui a les smashes et les volées de coup droit à jouer au centre." Alors que le joueur de droite en plus un "manieur" de balle, qui travaille l'adversaire.

Si l'on a une paire composée d'un gaucher et d'un droitier, alors le gaucher jouera quasi-obligatoirement jouer à droite. Ainsi, les deux joueurs joueront les smashes et les volées de coup droit au centre. Et ils relanceront les services côté vitre avec leur revers, ce qui est plus facile."

 

Et au beach ?

Un peu à l'instar du padel, "il y a en général un profil bien défini de joueur de gauche et joueur de droite", nous éclaire la Réunionnaise Magalie Garnier, sacrée championne de France de la spécialité en 2018. "A gauche, c'est souvent un profil plus agressif et plus physique. Son coup droit étant au centre, c'est lui qui couvre cette zone du milieu au fond de court, ce qui l'emmène à faire plus de va-et-vient. A droite, le joueur est  rarement lobé sur son coup droit donc il est davantage dans la construction du point, la projection vers l'avant, l'anticipation des trajectoires... Dans le cadre d'une paire droitier/gaucher, le gaucher se placera toujours à droite, afin que les deux coups droits soient placés au centre."

(Rémi Bourrieres)

© Corinne Dubreuil, Nicolas Gouhier / FFT

 

Retrouvez un extrait audio de l'interview de Vincent Bonnin en cliquant sur le lien ci-dessous :