20/01/20

Comment jouer contre un "grand" ?

pratique Compétition

Evolution de l'espèce humaine oblige, on trouve de plus en plus de joueurs grands, voire très grands sur les terrains de tennis, à tous les niveaux. Et comme ces joueurs bougent aussi de mieux en mieux, ils sont en général particulièrement difficiles à manœuvrer pour ceux qui ont une taille plus "modeste". Des solutions tactiques existent cependant...

"C'est pas du tennis !" Avouons-le, nous avons tous entendu – voire nous-même proféré ! – ce genre d'assertion quelque peu discutable sur un terrain, frustré par l'encaissement d'une avalanche d'aces et de service gagnants. Mais disons-le tout de go : si, c'est parfaitement du tennis. Même si les "grands" sont bien aidés par leur bras de levier qui leur ouvre un angle de visée important, augmentant ainsi leur "champ de tir" au service (comme dans le reste du jeu), encore faut-il être capable d'exploiter cet avantage en disposant d'une technique impeccable.

Telle est en tout cas la voie choisie le plus souvent – et ils ont bien  raison - par les "grands" : être de grands serveurs avant tout, afin de priver autant que possible leurs adversaires de longs échanges de fond de court qui ne leur sont généralement pas favorables face à des gabarits plus petits et donc plus vifs. Alors oui, c'est vrai, ça peut être frustrant parce que, comme l'avait un jour expliqué Andy Roddick au sortir d'une défaite face à John Isner à l'US Open : "On ne peut pas vraiment apprendre à jouer contre un gars qui fait 2,08 m.  Contre ce type de joueur, il faut avoir à l’esprit que parfois, le sort du match n’est pas entre vos mains."

Ce qui n'empêche pas de connaître certaines clés pour les affronter. Elles nous sont livrées ici par Philippe Robin, entraîneur national à la FFT où il s'occupe depuis 2015 du jeune Jaimee-Floyd Angele, 19 ans et… 2,06 m.

Au retour
C'est le secteur le plus délicat et à la fois, probablement, le secteur clé. Car si vous trouvez le moyen de relancer quelques services, vous allez sournoisement instiller le doute chez votre adversaire et peut-être enrayer la machine.



Sur 1ère balle, on est d'accord, ce n'est pas simple... "Il s'agit déjà de trouver la meilleure position pour relancer", conseille Philippe Robin. De plus loin pour vous donner plus de temps, de plus près pour empêcher la balle de prendre de la hauteur, plus à gauche, plus à droite… Cela peut prendre un peu de temps d'ajustement. Mais vous devrez probablement bousculer vos habitudes et peut-être même varier vos positions, histoire de perturber le serveur.

Ensuite, ne cherchez pas l'exploit. "Cherchez à retourner plein centre, poursuit Philippe Robin. Sur 2ème balle, vous pourrez peut-être être un peu plus ambitieux mais il faut garder en tête l'idée générale qui est de faire jouer un maximum de coups à votre adversaire. Retourner au centre est donc une bonne stratégie d'autant que cela permet de ne pas ouvrir trop d'angle." Or, il ne faut jamais donner d'angle à un grand…

Au service

Non, vous n'allez passer votre match entier dans la position du gardien de but face à un penalty : vous allez devoir tirer, vous aussi !



Tous les joueurs vous le diront : la pression est décuplée quand on sert car on sait qu'un break encaissé réduit de manière plus ou moins drastique (selon le niveau) les chances de gagner le set. 
Soufflez un bon coup, donc, avant de servir. Ensuite, "veillez à passer un maximum de premières balles, quitte à réduire la puissance, car il est important de diriger l'échange le plus souvent possible, avise Philippe Robin. De plus, en cas de deuxième balle, vous allez le plus souvent vous faire agresser de suite."


Reste à trouver les bonnes zones, à définir selon le profil de l'adversaire (gaucher ou droitier, meilleur revers ou meilleur coup droit). Vous pouvez aussi très bien choisir… de ne pas choisir. "Jouer au corps est souvent payant, car les "grands" ont en général beaucoup de mal à se dégager."

A user, donc, sans en abuser. Quel que soit l'adversaire, au service, la variété est toujours un maître-mot.

A l'échange

Généralement, les "grands" feront tout pour vous en priver, d'abord parce que leurs longs segments entraînent une fatigue musculaire plus précoce, mais aussi parce que le dialogue du fond de court ne leur est pas favorable.

Trois pistes à explorer en priorité, selon Philippe Robin : "De la longueur de balle, ne pas donner d'angle (répétons-le encore) et, bien sûr, chercher à faire jouer très bas, en usant du chop."


L'idée générale est de faire travailler, de faire durer, mais "pas que"… "Il faut également penser que ces joueurs de grande taille aiment bien attaquer, donc il ne faut pas hésiter à les faire défendre en allant un peu plus au filet que d’habitude", rappelle l'entraîneur national. 
Si, malgré tout, vous vous retrouvez dans la position de l'agressé, "privilégiez le passing en deux temps, pour faire volleyer au maximum, notamment des volées basses." Et puis, contrairement à ce que l'on pourrait penser, il faut considérer le lob comme une option privilégiée. Mis en confiance par leur envergure, mais peut-être aussi pour éviter le spectre de la volée basse, "les "grands" ont tendance à beaucoup coller le filet, notamment après leur première volée. Il y a alors souvent des occasions de les lober."

Bien réussi, c'est, en plus, un coup très satisfaisant !

L'état d'esprit

Il est évidemment primordial, tant ce type de match, sans rythme, avec le sentiment que le sort ne dépend pas complètement de soi, peut être frustrant.



Cela passe d'abord par les jambes, insiste Philippe Robin : "Il faut penser à bien bouger entre les points pour rester chaud et dynamique", et ce malgré la faible intensité cardio des échanges.


Après, ne le cachons pas, la donne mentale est primordiale. Il est difficile de trouver son rythme, ses sensations, mais il faut malgré tout être capable saisir la moindre petite opportunité qui passe tout en évitant "le moindre moment d'égarement qui peut être fatal", enchaîne Philippe Robin, avant de conclure : "Il ne faut pas tomber dans la frustration, rester le plus calme et le plus serein possible, rester positif en se disant qu'il suffira peut-être d'un seul bon jeu de retour pour avoir de grandes chances de gagner le set." Autrement dit, vous aussi, soyez grand !  

ET AUSSI

Au beach, la taille, ça compte !
La "problématique" des grands est importante au beach-tennis, au point que l'ITF a remonté la hauteur du filet de 10 cm (1,80m pour les hommes aujourd'hui). On trouve en effet de plus en plus de "doubles mètres" - à l'image du n°2 mondial italien Michele Cappeletti - capables de servir à près de 150 km/h, ce qui est certes moins qu'au tennis, mais avec une distance bien moindre à parcourir pour la balle jusqu'au relanceur.

Face à ce type de joueurs, "on se recule davantage au retour et l'on se montre solide sur les appuis pour contrer la puissance du service, indique Jérôme Maillot, sélectionneur de l'équipe de France. A l'échange, on essaie de les forcer à jouer des coups réflexes, près du corps, ou assez bas. Et bien sûr, on évite le lob, ou alors sur le partenaire…"

La réflexion se poursuit toutefois du côté des instances qui envisagent de réglementer la taille des raquettes et de la balle pour limiter la prépondérance accrue du service.



Beaucoup moins au padel…
Au padel en revanche, la taille moyenne des joueurs de l'élite est très inférieure (1,79 cm pour le top 50). Et pour cause : "L'avantage du service n'existe pas dans la mesure où celui-ci doit se faire en-dessous de la taille", rappelle Franck Binisti, directeur fondateur de Padel Mag. De plus, le padel implique de jouer beaucoup de balles basses et requiert beaucoup de vélocité sur les jambes, ce qui n'est pas le point fort des grands.

Mais il y a bien sûr des exceptions, souvent placés à gauche, le côté qui requiert le plus de puissance. Face à eux, même tactique qu'au beach : on essaie de jouer plus bas, plus vite, et on lobe plutôt le partenaire !