20/02/20

Comment jouer contre un rameur

tennis entraînement tactique

C'est le cauchemar ultime d'un grand nombre de joueurs, à tous les niveaux : le rameur, ce joueur qui vous fait subtilement penser qu'il est beaucoup moins fort que vous parce qu'il ne fait guère d'étincelles, mais qui est au contraire redoutable par son sens du jeu et son goût du combat. Face à ce type d'adversaire, source de bien des misères voire de crises de nerfs, la victoire ne peut passer que par un plan tactique savamment mis en place. En voici quelques clés…

 

D'abord, qu'est-ce qu'un rameur ?

Dit aussi crocodile pour les traditionnalistes, limeur pour les intimes, voire ponceur pour les puristes, le rameur est communément admis comme un joueur à la technique relativement limitée par rapport à la moyenne du niveau de jeu auquel il évolue. Mais il compense par des grandes qualités athlétiques et mentales, doublées d'un sens du jeu au-dessus de la moyenne grâce auxquels il engage un combat physique et psychologique à dessein de faire craquer son adversaire. Souvent sous-estimé, notamment au niveau amateur, en raison de sa gestuelle peu flamboyante, le rameur est un marathonien dont "le poison se distille au fil des jeux et ses sets", comme l'explique Vincent Bonnin, auteur du site à vocation tactique Blog Tennis Concept.

Ceci étant dit, il n'y a pas un rameur "type", chaque joueur ayant des caractéristiques qui lui sont propres. Mais l'on retrouve néanmoins chez ce type de joueurs quelques fondamentaux sur lesquels s'appuyer pour échafauder un plan tactique.

 

Soyez prêt et dans le bon état d'esprit

C'est la base, sans laquelle il n'est même pas la peine de lire les conseils qui vont suivre. "Face à ces joueurs qui sont avant tout très solides du fond, il faut être au top physiquement car l'on sait que les échanges vont être très longs", disait ainsi Richard Gasquet après s'être heurté à l'Open 13 aux qualités défensives exceptionnelles du Suédois Mikael Ymer. Prêt physiquement, donc, mais surtout prêt mentalement. Car face au rameur, le combat sera long, tactique, psychologique mais pas forcément brillant. S'il tente de vous faire croire le contraire, le rameur propose en réalité un tennis difficile à négocier, sans rythme, sur lequel il est difficile de s'appuyer et de proposer du "qualitatif".

"La première chose à faire, c'est de lui accorder beaucoup de respect", rappelle d'ailleurs l'entraîneur américain Tom Avery. Au lieu de vous frustrer (il adore ça…), soyez au contraire heureux de relever le défi, armez-vous de patience, dites-vous que vous avez le temps de mettre votre jeu en place et que malgré tout, "le sort du match est entre vos mains", comme le conseille l'ancien joueur français Rodolphe Gilbert dans l'épisode du podcast Raquette, réalisé par Christophe Perron, intitulé "la chasse aux crocodiles." Tout un programme !

 

Privez-le de temps et de rythme

C'est généralement l'arme n°1 "anti-rameur". Le specimen, on l'a dit, aime quand les choses durent. Son but est de jouer et de vous faire jouer un maximum de coups. Si vous avez les capacités techniques de le faire, privez-le donc de ce plaisir. "Ce que déteste le rameur, c'est d'avoir la pression, que ses adversaires prennent la balle tôt car il n'a pas le temps de bien s'organiser. Le pire pour lui, c'est quand il ne voit pas sa balle tomber dans la zone qu'il vise car son adversaire prend la balle de volée", écrit ainsi l'entraîneur français Loïc Tap dans son blog Progression Tennis.

Si vous êtes un attaquant naturel, fort bien, jouez votre jeu. Sinon, allez-y plus subtilement. Sans surjouer, sans vous précipiter, en privilégiant la précision à la puissance, sortez le rameur de sa zone de confort en avançant progressivement dans le terrain et en prenant la balle tôt, jusqu'à porter l'estocade, au filet. Un schéma diablement efficace est par exemple la montée en plusieurs temps, voire à contretemps.

Bref, imposez votre rythme et pas seulement dans l'échange, mais aussi entre les échanges. Songez que le rameur tente de vous hypnotiser. Ne vous laissez pas endormir, restez mobile, vigilant et, dans la mesure du possible (et des règles !), dictez également les temps de pose entre les points ou entre les jeux. En un mot : soyez le patron.

 

Jouez avec les angles

Joueur intelligent, le "rameur" aime souvent lui-même jouer avec les angles. A l'échange, soyez donc vigilant à ne pas trop lui en donner cette possibilité. En attendant l'ouverture, vous pouvez ainsi vous contenter de le repousser derrière sa ligne, en jouant plutôt au centre. "Même si beaucoup de joueurs n'aiment pas ça, il ne faut pas hésiter à jouer beaucoup de balles hautes. Ensuite, quand il est loin derrière, et dès que vous en avez la possibilité, casser le rythme en trouvant des angles très courts, voire carrément des amorties", poursuit Tom Avery, qui note que le rameur est souvent plus aguerri aux déplacements horizontaux qu'aux déplacements verticaux, à la fois moins usuels et moins cadencés.

Le slice court, par exemple, est une arme assez redoutable, à laquelle on pense peu souvent et pourtant très utilisée par un certain Roger Federer, notamment. Bien effectué, il poussera le rameur à s'emmêler dans ses schémas, et vous créera une ouverture au coup suivant.

 

Forcez-le à attaquer

C'est le principe de l'arroseur arrosé, un "truc" que nous a soufflé Gilles Simon, l'un des maîtres du genre. "Si vous n'avez pas les armes techniques pour surpasser le rameur, et bien il faut ramer aussi ! C'est très simple : quand on attaque moins bien qu'un défenseur, il faut soi-même défendre et pousser la balle dans le carré, pour le forcer à attaquer. C'est ce que j'ai toujours fait !"

Un précepte qui nécessite toutefois deux conditions préalables : que vous soyez vous-mêmes dans une forme physique et mentale optimale, car le match risque de durer très longtemps ; et que le rameur en question ne soit pas à son avantage à la volée, ce qui n'est pas toujours le cas. Mais dans la plupart des cas, il ne sera pas plus à l'aise que vous pour négocier des balles lentes, sans vie. Si vous vous en sentez la force, prenez-le à son propre jeu.

 

A ne surtout pas faire…

Peut-être aurait-on dû commencer par cela. C'est bien connu, le rameur se délecte en général des jeux en cadence du fond de court, qui lui permettent non seulement de masquer ses lacunes techniques en s'appuyant sur la qualité de balle adverse, mais aussi de mettre en lumière ses qualités de défenseur et de contreur. Tenter de battre un rameur en rythme, de le déborder en puissance, c'est un peu comme vouloir percer un coffre-fort avec un couteau. La lame, fût-elle particulièrement aiguisée, s'élimera à coup sûr plus vite que le blindage.

Acceptez donc de jouer plus "moche" mais plus "malin", "winning ugly" (gagner salement) pour reprendre l'expression chère à Brad Gilbert, du nom de son livre éponyme. Au bout du compte, la satisfaction sera tout aussi grande. Voire plus !

(Rémi Bourrieres)