12/03/20

Endroit ou envers ? Ce qu'il faut savoir sur le ''toss''

Compétition

Endroit ou envers ? Derrière cette question rituelle, à laquelle on prête souvent (trop) peu d'attention, se cache un cérémonial finalement assez subtil. Et la réponse à cette question est peut-être plus importante qu'on ne le croit. Alors, autant ne pas la formuler au hasard…

D'abord, qu'est-ce que le toss ?
Il s'agit du traditionnel tirage au sort qui permet de décider lequel des deux joueurs va débuter le match au service, et de quel côté. Il est effectué chez les pros comme chez les amateurs depuis les origines de ce sport, ou presque. "Le toss est historique et même structurel au sport, puisqu'il y a des tirages au sort dans quasiment toutes les disciplines, pour différentes choses, rappelle Gaël Raison, Responsable de l'Arbitrage Fédéral à la FFT. En tennis, c'est une manière de démarrer le match de la manière la plus objective possible. Pourquoi ce serait le plus jeune, le plus petit ou le moins fort qui servirait en premier ? Pour en décider, il n'y a aucun critère plus objectif que le hasard."

Comment est-il effectué ?
Chez les pros, le plus souvent avec une pièce, à pile ou face – d'où son nom de toss, comme jeter (la pièce) en anglais. Sauf que la pièce n'est plus monnaie. Quasiment tous les tournois utilisent désormais une pièce avec logos personnalisés de part et d'autre. "C'est une procédure nouvelle apparue aussi à la suite de contestations de joueurs qui disaient avoir confondu le côté pile et le côté face", précise l'ancien arbitre international Pascal Maria, désormais chargé de mission des relations internationales à la FFT. Désormais, avec des images, plus d'erreur possible (sauf mauvaise foi extrême).



Chez les amateurs, la méthode la plus courante consiste à faire tourner sa raquette dans sa main en masquant l'embout. Voire, pour les plus anciens (ou les moins précautionneux), la faire tourner en toupie jusqu'à ce qu'elle tombe. Le but alors étant de faire deviner le sens du logo à son adversaire. D'où la fameuse question : endroit ou envers ? Ou bien : en haut ou en bas ?



Qui est censé l'effectuer ?
Bonne question ! On pourrait faire un tirage au sort pour savoir qui va effectuer le tirage au sort, mais ça n'aurait pas de sens, ni de fin. La chose est donc faite à l'amiable, au feeling. S'il n'y a pas de feeling – il est arrivé que deux joueurs se disputent pour ça ! -, c'est à l'arbitre, lorsqu'il y en a un, de choisir. Mais lui-même n'est soumis à aucune loi. Souvent, les arbitres, comme Pascal Maria, désignent l'outsider. D'autres, au contraire, le mieux classé. L'an dernier à Roland-Garros, alors que les joueurs étaient accompagnés par deux enfants à leur arrivée sur le court Philippe-Chatrier (pour l'opération "Entrée de Rêve"), certains arbitres laissaient à l'enfant le soin de choisir.



Quand doit-il être effectué ?
La règle du jeu est formelle : le toss doit être effectué AVANT l'échauffement, comme chez les pros. Or, soyons honnêtes, presque tous les compétiteurs amateurs le font après. On ne sait pas d'où est venue cette coutume erronée. Peut-être, comme le suggère Gaël Raison, parce que, à l'inverse des pros qui se connaissent avant de jouer, les amateurs "veulent d'abord se jauger avant de faire leur choix." Oui, possible. Mais c'est une erreur de règlement, que nous vous saurions gré de rectifier !

L'info que vous ne saviez pas sur le toss ?
Autre point de règlement méconnu rappelé par Gaël Raison : "Si l'échauffement est interrompu par la pluie et que les deux joueurs sortent du terrain, même très brièvement - et donc que l'échauffement est à refaire -, on ne recommence pas le tirage au sort, mais le joueur qui avait gagné le toss peut changer son choix initial. Parce qu'entre-temps, les conditions ont pu changer." Bon à savoir…

Si vous le gagnez, quels sont les choix possibles ?
Nous y voilà. Si vous gagnez le toss, vous devez choisir une (et une seule !) de ces trois options.
Option 1 : Le service, ou le retour.
Option 2 : Le côté.
Option 3 : Le non-choix (c'est-à-dire de laisser votre adversaire choisir à votre place).



Ok, mais que choisir ?
Alors là, cela dépend d'énormément de paramètres : votre profil, celui de l'adversaire, la surface, la météo, vos sensations, votre état d'esprit… Il y a souvent une part d'intimidation psychologique : je sers en premier pour affirmer mon autorité ; je te laisse servir en premier pour te montrer que ton engagement ne fait pas peur.

Comme les pros (on va le voir), ne négligez pas l'option 2 et même l'option 3, rarissime chez les amateurs mais qui pourtant peut être un joli coup tactique et, là encore, psychologique. Attention quand même à ce que votre adversaire ne pense pas que vous cherchez à l'embrouiller (là encore, c'est arrivé !). S'il le faut, rappelez-lui la règle avec diplomatie.

Bref, quel que soit votre choix, faites-le en pleine conscience, et surtout en pleine confiance. Mais laissez désormais le hasard loin de tout ça !

Quels sont les choix des pros ?
Une idée reçue consiste à penser que les pros choisissent majoritairement le service. C'est loin d'être évident. En "outdoor", ce serait même plutôt le contraire. Sur 72 matches passés au crible l'an passé à Roland-Garros, le retour a été choisi à 60% du temps, dans des proportions équivalentes chez les hommes et chez les femmes. Des joueurs comme Nadal ou Djokovic chez les hommes, Serena Williams, Barty ou Pliskova chez les femmes, ont systématiquement choisi le service lors du gain du toss. A l'inverse, Thiem, Muguruza ou Halep se sont avérés être des aficionados du retour.

Federer, lui, propose un jeu plus varié. Pascal Maria se souvient que, lors de la finale de Roland-Garros 2009 qu'il avait arbitrée, le Suisse, après avoir gagné le toss, avait laissé Söderling choisir. Un non-choix qui n'en est en réalité pas un : il consiste à laisser son adversaire tirer le premier pour s'adapter en fonction. Un petit côté poker-menteur, là encore…

Enfin, les pros font très régulièrement le choix du côté, principalement dans des conditions ensoleillées ou venteuses. N'hésitez pas à faire comme eux.

Et si vous perdez, quelle marge de manœuvre ?
Vous ne perdez jamais le toss puisque, quoi qu'il arrive, vous aurez un choix à faire. Peut-être même le premier choix, si votre adversaire en décide ainsi. Sinon, adaptez-vous à sa décision, selon le contexte et les conditions. Ah oui, petit rappel : si votre adversaire a fait un choix, celui-ci est rayé de la liste ! Vous ne pouvez pas choisir la même option que lui. Vous rigolez, mais Pascal Maria se souvient d'un cas "il y a quelques années en Australie, où les deux joueurs voulaient tous les deux recevoir. L'arbitre avait été gagné par la confusion et ne savait plus quoi faire…"

Dernière chose, pour les plus indécis : si votre adversaire a gagné le toss et a fait un choix, vous êtes dans l'obligation de faire le deuxième choix.   



Et vous, c'est quoi votre "toss tactique" ?
Sur twitter, nous vous avons sondé pour savoir quelles sont vos stratégies le plus couramment utilisées si vous gagnez le toss. Florilège.

La plus décidée : "Je prends toujours le service. Faire la course en tête est essentiel. Cela permet de mettre la pression à 5-4, a 6-5... De même, quand un break est réalisé, mener 5-2 au lieu de 3-4, ça a vraiment son importance." (Matthieu).

La plus pragmatique : "Je reçois systématiquement parce que la plupart des joueurs ne sont pas chauds et ont tendance à être plus facilement "breakable" sur ce premier jeu." (Benjamin).

La plus prévoyante : "Je choisis toujours le service. Juste dans l'éventualité d'une fin de set accrochée. Tu breakes à 5-4 ou 6-5, tu gagnes le set. Tu te fais breaker à 4-4 ou 5-5, tu es toujours en vie." (Johan, de Tennis Legend).

La plus calculée : "Si on joue en outdoor, je choisis de débuter vent dans le dos, pour potentiellement jouer les 6 premiers points du tiebbreak avec le vent." (Gaël)

La plus à l'affût : "Je relance. Je m’appuie beaucoup sur mon service et je préfère avoir un jeu de mise en jambes en retour avant d’attaquer. Et chez les femmes (encore plus en amateurs), on attache moins d’importance aux breaks." (Constance, de Jeu, Set et Maths).

La plus fataliste : "Je laisse le service, histoire de mettre la pression d’entrée sur le serveur, comme un certain Roger Federer. Non, je rigole. C’est juste que mon service est tout moisi en fait." (Julien).

La plus observatrice : "Je choisis toujours de recevoir. Parce que j'ai toujours envie (besoin ?) de jauger le service de mon adversaire si je ne le connais pas." (Laurent, d'Eurosport)

La plus adaptable : "Je choisis le côté si l'on joue dehors. S'il y a du vent ou un soleil gênant, je prends le moins bon côté." (Valérie)

La plus "fan de" : "Je prends le retour car avant, Nadal choisissait toujours de retourner. Mais maintenant, c’est l’inverse alors je suis perdu !" (Jérémy)

La plus cartésienne : "Je préfère retourner, car je suis bien meilleure en retour. Comme souvent chez les femmes d’un petit niveau, j’ai plus de mal à gagner mes jeux de service, alors autant commencer du bon pied." (Clémence)

La plus "floue" : "Je prends toujours le service car j'ai un meilleur retour... Quoi de mieux pour s'améliorer que de forcer ses habitudes et de prendre ses responsabilités au service dès le 1er jeu." (@Flou)

La plus offensive :  "Je sers car, étant serveur volleyeur, le premier jeu est souvent gratuit. De plus, l'adversaire n'a pas le temps de trouver du rythme pour son jeu de service ensuite." (@gbbtt)

La plus machiavélique (mais interdite) : "Je laisse l’adversaire choisir et, s'il prend le service, je choisis le côté inverse de l’échauffement. Ça a un petit aspect mental. Car il va servir du côté où il n'a pas encore ses marques et quand on va tourner après le 1er jeu, je me retrouverais à servir sur mon côté d’échauffement." (Mika)

Impossible à réaliser si, comme le veut le règlement, le tirage au sort est effectué avant l'échauffement.