08/10/20

Les 5 atouts qui font de Hugo Gaston le roi de l'amortie

Jeu tactique Amortie Hugo Gaston

Si un coup symbolise le Roland-Garros automnal que l'on aura vécu en 2020, c'est bien l'amortie. Et si un joueur incarne désormais l'amortie, c'est évidemment Hugo Gaston. Marc Barbier, l'entraîneur de longue date de la révélation française du tournoi, décrypte les raisons qui ont permis à son poulain de devenir un maître absolu dans l'art de ce coup fascinant, devenu sur terre battue un véritable antidote à la puissance moderne.

Les meilleures amorties de Hugo Gaston en vidéo

1/ Il a travaillé très tôt la "main"

A ceux qui se posent la question : non, Hugo Gaston ne travaille pas l'amortie à l'entraînement. Mais aussi longtemps que son entraîneur se souvienne, il a toujours montré une appétence certaine pour les coups en toucher, usant et abusant des séquences d'amortie-lob dès ses premiers tournois chez les jeunes : "Je ne connais aucun entraîneur qui enseigne l'amortie, c'est le coup instinctif et naturel par excellence, expose en préambule le coach toulousain. Il faut tout simplement en faire beaucoup pour la maîtriser."

Hugo en fait beaucoup, c'est un euphémisme (près d'une soixantaine contre Dominic Thiem). Et s'il la fait aussi bien, c'est grâce à cette fameuse "main" qu'il a développée très tôt dans son enfance, pas seulement d'ailleurs en faisant des amorties, mais des coups en toucher d'une manière générale.

2/ Il choisit très bien son moment

Après sa défaite contre Thiem, le Blagnacais regrettait de n'avoir pas toujours tenté ses amorties à bon escient, faisant probablement allusion aux deux cruciales qu'il a manquées à 3-3, 40-40 au 5e set. C'était sévère avec lui-même. Dans l'ensemble, il réussit la prouesse de multiplier les amorties tout en trouvant le moyen de surprendre quasiment à chaque fois son adversaire, finissant ainsi par rentrer dans sa tête.

La preuve que ce n'est pas le nombre qui compte, mais le timing, comme l'explique Marc Barbier. "L'idée est de tenter l'amortie au moment précis où l'adversaire est dans un replacement sur l'arrière, comme une sorte de contre-pied. Ainsi, il devra amorcer un changement de direction qui va lui faire perdre un temps précieux."  

Le timing parfait de l'exécution de l'amortie se joue à la fraction de seconde près, raison pour laquelle une amortie moyenne est souvent plus efficace qu'une bonne amortie jouée trop tardivement. Cela implique "une vision périphérique du jeu, qui est une qualité commune à tous les meilleurs", résume le technicien haut-garonnais.



 

3/ Il change de prise en une fraction de seconde

Une amortie efficace, on le sait, est une amortie bien masquée. Le but du jeu est de faire croire le plus longtemps possible à votre adversaire que vous vous apprêtez à jouer un coup "normal". Et de changer de prise au tout dernier moment.

Pas de problème pour celui qui joue tous ses coups avec une prise unique, comme c'était le cas de John McEnroe à l'époque. Mais dans le tennis moderne, ça n'existe quasiment plus. "Comme beaucoup de joueurs, Hugo utilise une prise fermée en coup droit, révèle Marc Barbier. Mais cette prise n'est pas adaptée pour l'amortie qui nécessite un effet légèrement coupé,  afin que le rebond soit le plus vertical possible. Il doit donc ouvrir sa prise, ce qu'il est capable de faire en un dixième de seconde grâce à une grande dextérité technique."

Même problématique avec son revers à deux mains, joué avec une prise continentale de sa main dominante (la gauche). Mais sa capacité à jouer des revers slicés à une main, avec une prise cette fois adéquate pour l'amortie, est un atout pour brouiller les pistes.


 

4/ Il joue parfaitement le coup d'après

Le tennis, c'est comme les échecs : on ne doit jamais jouer un coup sans penser à celui d'après. C'est particulièrement vrai pour l'amortie, ce coup à double tranchant qui est rarement gagnant et se transforme souvent en une attaque en deux, voire trois temps.

Il est donc capital, après une amortie, de se positionner parfaitement pour la réception du coup suivant. Là, le sens du jeu et le feeling de chacun sont primordiaux mais il y a quand même une règle de base, que nous expose Marc Barbier : "En gros, plus l'amortie est réussie, plus Hugo s'avance dans le court car la contre-amortie est inévitable. Si elle est moins réussie, il s'avance aussi mais pas trop, de manière à boucher les angles et parer à toutes les éventualités."

Après la riposte adverse, il y a généralement trois possibilités : un lob, pour le "combo" amortie-lob tellement jouissif quand il est réussi ; un passing, pour crucifier l'adversaire ; ou une nouvelle contre-amortie, pour continuer à jouer avec lui. Le choix devra se faire très vite, là encore, selon la balle et le repositionnement adverse. Hugo, fort de sa longue pratique, ne se trompe presque jamais.


 

5/ Il possède une palette technique très complète  

Si Hugo Gaston continue de surprendre autant ses adversaires malgré la fréquence de ses "carottes" - nom donné jadis à l'amortie qui a longtemps été mal vue, comme le service à la cuillère -, c'est parce qu'ils savent précisément qu'elles ne sont qu'une option parmi d'autres dans son jeu. "Il ne faut pas réduire le jeu de Hugo Gaston à ses amorties, il est capable de faire tout autre chose, avertit ainsi son coach. Il n'a pas vraiment de limite technique et c'est cela qui est extrêmement déstabilisant pour l'adversaire."

Un raisonnement sommaire consisterait à penser qu'il suffit de rentrer dans le court pour contrecarrer les amorties du petit génie toulousain. Mais s'il voit que son adversaire n'est jamais en appuis arrières, au contraire toujours prêt à bondir vers l'avant, jamais Hugo ne tentera l'amortie. Il fera plutôt le choix de le repousser au moyen de grands coups liftés qu'il est aussi capable d'imprimer. Moralité : si vous voulez exceller dans l'art d'amortir, travaillez tout le reste !


(Rémi Bourrieres)