27/08/20

Les 5 spécificités inhérentes au tennis-fauteuil

fauteuil

Discipline magnifique et exigeante, le tennis-fauteuil comporte quelques spécificités qu'il est nécessaire de connaître, surtout pour ceux qui ont d'abord commencé par le tennis valide. L'ancien n°1 mondial et quadruple vainqueur en Grand Chelem en simple, Stéphane Houdet, nous a aidés à les décrypter.


Le déplacement

Observez un match de tennis en fauteuil : c'est un véritable ballet chorégraphique, très esthétique par ailleurs, qui ne prend fin qu'une fois l'échange terminé. Pendant celui-ci, les joueurs sont toujours en mouvement, procédant à d'incessantes circonvolutions et ce dans un but absolu et essentiel : "Toujours rester en mouvement, ou c'est l'assurance d'être débordé", édicte Stéphane Houdet. Au tennis valide, le chemin le plus rapide est toujours le plus court. Au tennis en fauteuil, ce n'est pas le cas. Un peu comme en Formule 1, il faut parfois prendre l'extérieur plutôt que la corde du virage, pour garder de la vitesse."

Le déplacement, consubstantiel au maniement du fauteuil, est indéniablement la partie la plus importante mais aussi la plus délicate à acquérir. Raison pour laquelle des profils à la Stéphane Houdet, qui a d'abord été un excellent joueur valide (il était 2/6 à 17 ans), ne sont pas majoritaires par rapport à des joueurs qui ont directement commencé en fauteuil.


La perte de contact oculaire

C'est une conséquence du déplacement spécifique au tennis en fauteuil, fait, comme on l'a vu, de boucles en 8 et de pivots permanents : il y a des moments, brefs mais fréquents, où il faut accepter de perdre le contact oculaire avec la balle.

Ça aussi, c'est un réflexe dont il est parfois difficile de se débarrasser quand on a connu le tennis valide comme Stéphane Houdet : "Gamin, on me disait sans cesse de garder les yeux sur la balle. En fauteuil, c'est impossible car on se retrouve régulièrement dos au filet. Au début, cela fait bizarre mais c'est une spécificité essentielle dans l'apprentissage du tennis en fauteuil."


Le revers inversé

C'est la spécificité technique n°1 de la discipline et probablement ce qui frappe en premier quand on assiste à un match de tennis en fauteuil : le fameux revers inversé, c'est-à-dire un revers joué en prise coup droit mais avec la face du tamis opposée.

"Ce coup vient du fait que comme on est plus bas, on a beaucoup de revers à faire au-dessus du niveau de l'épaule, voire de la tête, explique Stéphane Houdet. Avec un revers classique, on n'a pas assez de force, à moins d'avoir les biceps de l'Argentin Gustavo Fernandez, qui est le seul à en frapper régulièrement."

Par rapport au revers classique, le revers inversé permet de faire circuler plus rapidement la tête de raquette, facilitant ainsi les coups de "compensation". Mais également d'éviter la mise à niveau, qui est difficilement compatible (tout comme le revers à deux mains) avec l'ergonomie du fauteuil. Enfin, il évite le changement de prise, ce qui est un gain de temps conséquent pour des joueurs qui doivent déplacer leur fauteuil tout en gardant la raquette dans la main.

Malgré tous ses avantages, il est quasiment inexistant chez les valides. Une piste à creuser ?



Les deux rebonds

C'est la seule et unique différence règlementaire entre le tennis valide et le tennis en fauteuil. Mais l'on constate qu'au très haut niveau, avec l'augmentation constante de la vitesse du jeu, les joueurs frappent de plus en plus dès le premier rebond (à 85% du temps selon une étude récente).

Néanmoins, la possibilité d'utiliser un 2è rebond change des choses dans la façon de penser et de construire le point. "On l'utilise dans ces circonstances précises, bien sûr pour aller chercher une amortie, ou alors parfois pour fixer l'adversaire et attendre qu'il bouge, un peu comme un tireur de pénalty face au gardien", décrypte Stéphane Houdet.

Une autre façon plus indirecte de l'utiliser est de forcer l'adversaire à jouer entre deux rebonds, c'est-à-dire le faire hésiter entre le 1er et le 2è, au moyen d'une variation de longueurs de balle savamment distillée. C'est une vraie caractéristique qu'il faut savoir appréhender.


Les 3 coups

Globalement, les échanges sont moins longs au tennis en fauteuil, ce qui donne une importance prépondérante aux trois premiers coups de raquette, qui sont ceux frappés alors que les deux joueurs n'ont pas encore vraiment lancé leur fauteuil.

Même si le service ne peut évidemment atteindre la même puissance que chez les valides – quoi que certains, comme le Belge Joachim Gérard, sont capables de servir à plus de 170 km/h -, il a donc une grande importance : soit pour éviter un retour bien placé qui sera de fait difficile à aller chercher ; soit pour se mettre en bonne position pour le coup suivant, sur lequel il ne faudra pas hésiter à passer tout de suite à l'offensive.

En fait, on dit parfois qu'au tennis en fauteuil, le 3è coup est le plus important. Mais comme le résume Stéphane Houdet, "il dépend essentiellement des deux précédents." Il s'agit donc de porter une attention toute particulière à son entame d'échange.