22/11/19

Les 7 secrets d'un bon revers à une main

technique revers coaching entraînement

En plein retour en grâce après des années de "placard", le revers à une main reste un coup qui continue de faire parfois un peu peur. A tort peut-être. Mais il nécessite de connaître quelques précieux secrets que Dimitri Zavialoff, l'entraîneur français qui a façonné le revers de Stan Wawrinka, ainsi que Laurent Raymond, entraîneur au CNE, nous dévoilent. 

Amoureux du revers à une main, réjouissez-vous ! Votre bijou que vous pensiez quasiment disparu, au profit de son homologue à deux mains, est peut-être en train de faire son grand retour en grâce, sur le circuit comme dans les écoles de tennis. L'effet Federer sans doute, Wawrinka aussi probablement et bien entendu Gasquet en France. Aujourd'hui, leurs "héritiers", Thiem, Tsitsipas, Shapovalov principalement, sont en train de prouver à leur tour que le revers à une main n'est pas qu'un coup plébiscité pour son esthétisme, mais qu'il peut aussi être diablement efficace.

Victime peut-être d'une (fausse ?) réputation de coup fastidieux, voire antinaturel, le revers à une main n'en reste pas moins un coup qui nécessite beaucoup de justesse et de précision. Avec quelques points fondamentaux que nous passons ici en revue grâce à Laurent Raymond, entraîneur au CNE, et Dimitri Zavialoff, l'ancien mentor français de Stan Wawrinka et désormais coach de Johanna Konta.

1/ Se renforcer physiquement

On peut débattre sur le degré de difficulté du revers à une main, mais tout le monde est d'accord sur un point : c'est un coup exigeant physiquement, qui demande "des qualités de tronc et de gainage importantes", précise Laurent Raymond. Sinon, il y a une rupture d'énergie dans la chaîne qui transmet la force depuis les appuis jusqu'à la raquette. Et donc perte de contrôle."

L'exigence physique que requiert le revers à une main est la raison principale pour laquelle les enfants commencent plus naturellement à deux mains, et ne changent plus par la suite comme l'ont fait des joueurs comme Wawrinka ou Thiem. Si vous êtes resté sur l'option une main, quelques séances de "planche" ou de renforcement du haut du corps ne vous feront aucun mal.

2/ Trouver naturellement sa prise

La prise la plus académique en revers est la prise fermée, semi-fermée pour certains voire extrême pour d'autres. Mais l'un comme l'autre des deux entraîneurs cités ne sont partisans d'imposer ou de rectifier trop rapidement une prise, tant chacun est différent selon sa physiologie et ses sensations.

Il peut même exister des contre-exemples à l'instar de Thierry Champion, l'entraîneur des équipes de France, qui possédait un revers à une main avec une prise ouverte. "Focalisez-vous sur les autres points clés et vous trouverez peu à peu naturellement la prise qui vous convient", conseille Dimitri Zavialoff, en rappelant évidemment que la prise de balle, elle, doit se faire bien devant.

3/ S'organiser le plus tôt possible

Autre exigence notoire du revers à une main : c'est un coup qui ne "pardonne" pas, en tout cas beaucoup moins qu'à deux mains, dans le sens où il n'y a pas de compensation possible. Pas une seconde à perdre dans son exécution, donc : "La phase d'orientation des épaules doit se faire le plus tôt possible, c'est fondamental pour se retrouver dans les temps au moment de l'impact", prescrit Laurent Raymond.

Pour cela, "il faut scruter la balle et ne plus la perdre des yeux aussitôt qu'elle quitte la raquette adverse", avertit Dimitri Zavialoff qui conseille de se focaliser sur une rotation du haut du corps autour de la colonne vertébrale : "Il y a énormément de muscles sur le haut du corps et si l'on visualise la rotation de sa colonne, ils vont tous être stimulés."

4/ Ancrer fortement ses appuis

Là encore, il s'agit de trouver le plus rapidement possible ses appuis mais aussi de les ancrer fortement au sol. "Exécuter un revers à une main sans avoir des appuis forts, c'est compliqué parce que c'est un coup qui demande d'être extrêmement précis dans son exécution", insiste Laurent Raymond.

C'est cet ancrage au sol – idéalement avec des appuis en ligne, si le temps le permet - qui favorisera la transmission de l'énergie nécessaire à la puissance et au contrôle. "Le fait de trouver un ancrage avec les jambes et le centre de gravité permettra de maintenir une certaine stabilité, même dans les frappes en mouvement", abonde Dimitri Zavialoff.

5/ Ne pas négliger la main libre

Ce n'est pas parce vous jouez à une main que l'autre main doit être au chômage technique. Bien au contraire, "elle va jouer un rôle important, à la fois pour amorcer le changement de prise et pour tirer la raquette en arrière", rappelle Laurent Raymond.

Après la frappe, la main libre, ou plus exactement le bras libre, assurera le maintien de l'équilibre général. Chez certains, comme Federer ou Dimitrov, il part loin en arrière, donnant ainsi cette impression d'amplitude chorégraphique. Chez Wawrinka, c'est moins flagrant. "Avec Stan, ce n'était pas un axe de travail, explique Dimitri Zavialoff. Déjà, si on s'applique à garder une stabilité du haut du corps et à bien sentir le bras directeur qui frappe la balle en étant dissocié de tout le reste, normalement ça suffit. Le reste vient tout seul ou peut éventuellement être rajouté après."

6/ Soigner plus que jamais le point d'impact

Quitte à se répéter, rappelons que le revers à une main est un coup qui demande d'être très "tatillon" dans son exécution, jusqu'à "connaître son champ de frappe idéal, ce qui implique de trouver la bonne distance entre ce champ de frappe et son centre de gravité", expose Dimitri Zavialoff qui rappelle aussi l'importance accrue de "chercher à bien centrer la balle, quelle que soit sa vitesse, son effet, sa hauteur. Si on se concentre là-dessus, automatiquement on a les yeux qui restent un peu plus longtemps sur la frappe."

La hauteur de frappe, justement. "Elle est beaucoup moins large qu'en revers à deux mains et demande donc d'ajuster son jeu de jambes à la fois latéralement et verticalement, pour idéalement frapper au niveau de la hanche", précise Laurent Raymond. Au-dessus, c'est compliqué.

7/ Garder la balle le plus possible dans la raquette

La frappe, maintenant. En revers à une main, la notion d'accompagnement, de traversée voire de "poussée" de la balle est plus fondamentale encore que dans n'importe quel autre coup. "Il ne faut pas se contenter de "toucher" la balle", il faut avoir cette sensation de la garder le plus longtemps possible dans la raquette", explique Dimitri Zavialoff.

Or, impossible d'avoir cette sensation si l'on n'a pas correctement respecté les prérequis précédents : haut du corps tourné, appuis ancrés, tronc stabilisé. "C'est dans cette phase là que l'importance d'être bien gainé à la frappe prend tout son sens", insiste Laurent Raymond.

De la même manière, si la chaîne a été respectée, la fin de geste sera au diapason. Un revers à une main lifté nécessite une action très nette de l'avant-bras à la frappe mais là encore, Dimitri Zavialoff conseille de ne se pas trop s'y focaliser : "Sinon, le risque est de ne pas bien exécuter les points précédents. Bien finir le geste ne servira à rien si la balle n'a pas été frappée correctement. Par contre, si l'on garde la balle dans la raquette suffisamment longtemps, il sera difficile de stopper le mouvement. La bonne fin de geste se fera naturellement."

(Rémi Bourrieres)

© Corinne Dubreuil, Jean-Charles Caslot, Nicolas Gouhier, Philippe Montigny, Antoine Couvercelle, Pauline Ballet / FFT

 

Retrouvez ici un extrait audio de l'interview de Dimitri Zavialoff :

Et de Laurent Raymond :