03/06/16

Ma journée à "Roland" : Elena Bleicher, ramasseuse de balles

Roland-Garros ramasseur Balles

Ils viennent en spectateur à Roland-Garros ou ils y travaillent : nous vous proposons de découvrir des acteurs du tennis français tout au long de la quinzaine. Dans cet épisode, découvrez Elena Bleicher, ramasseuse de balles.

En janvier, elle embarquait pour Melbourne et l’Open d’Australie. En cette fin du mois de mai, la voilà sur les courts de Roland-Garros. En 2015, elle était même en finale ! Mieux encore : l’année précédente, elle a tenu le trophée entre les mains. Elena Bleicher, 15 ans, n’a pourtant jamais remporté Roland-Garros mais elle arpente avec assiduité les terrains de la Porte d’Auteuil… en tant que ramasseuse de balles.

Venue d’Haguenau, au nord de Strasbourg et licenciée au FC Kronenbourg, Elena est tombée dans le tennis dès l’âge de six ans. Et comme le sport, c’est de famille chez les Bleicher, tout le monde à l’époque s’y est mis, et la passion n’est jamais retombée. Pour preuve, Elena est aujourd’hui classée 5/6.

"Voir les champions de près, les voir évoluer sur un grand court, voilà pourquoi j’ai eu envie de tenter ma chance pour devenir ramasseur à Roland-Garros", explique-t-elle avec enthousiasme. Une idée, née également du fait, que ses deux soeurs ainées avaient tenté les sélections. Mais en vain. Elena, elle, fut choisie. Une belle histoire pouvait commencer.

Ramasseuse au filet, elle fait rapidement l’unanimité, à la fois pour la rigueur de ses interventions mais aussi pour son dynamisme et son sourire. En 2014, pour sa première année, elle reçoit donc une première récompense de choix : avoir l’honneur de porter la Coupe des Mousquetaire sur le podium juste avant la remise des prix du simple messieurs. Et l’année passée, elle accède au Graal des ramasseurs : intégrer le groupe des 18 meilleurs afin d’officier sur le court Philippe-Chatrier pour les demies et les finales. L’occasion de côtoyer au plus près son idole : Novak Djokovic.

Mais le conte de fée ne s’est pas arrêté là pour Elena. Dans le cadre d’un échange entre la Fédération française et Tennis Australia, c’est elle que le sort a désigné pour aller ramasser, selon l’expression consacrée, à l’Open d’Australie. Premier très grand voyage, découverte d’un nouveau pays, pratique intensive de l’anglais, rencontre avec d’autres ramasseurs venus de Chine et Corée du Sud, Elena n’en revient toujours pas de cette folle expérience.

Elle a évidemment adoré ce pays où le sport est érigé en valeur cardinale ainsi que l’ambiance des "night sessions" sur les Rod Laver et Hisense Arena. Les différences avec Roland-Garros ? "On est plus nombreux car il y a plus de courts (380 contre 250 à Paris). Et surtout l’équilibrage ne s’effectue pas de la même manière. A Roland-Garros, c’est en fond de court, à Melbourne par le filet."

Voilà qui mérite un décryptage. L’équilibrage consiste à ce que les deux ramasseurs placés en fond de court aient le même nombre de balles dans les mains avant de proposer des balles au joueur. A Roland-Garros, les deux ramasseurs du fond s’envoient donc les balles si besoin. A Melbourne, ce sont les ramasseurs placés au filet qui font rouler les balles vers leurs camarades du fond afin qu’il aient bien en main le même nombre de balles.

Elena officie donc à Roland-Garros pour la troisième année consécutive. Le bonheur est toujours le même le matin lorsqu’elle arrive Porte d’Auteuil sur le coup de 9h30 pour l’échauffement en groupe dans les allées, au son de la chanson des "Ballos", l’hymne que les ramasseurs entonnent alors à tue-tête. S’en suit un briefing et l’annonce du court sur lequel elle va officier pour la journée. C’est parti pour en moyenne cinq rotations de 25 à 30 minutes.

Baigner dans de tels événements a donné des idées à cette bonne élève de troisième. "Plus tard, j’ai très envie de travailler dans le sport." Et pourquoi pas dans le tennis ? Elena s’est en tout cas grandement ouvert la voie…