13/10/19

Que faire les jours où l'on "ne sent rien" ? La méthode en 5 points…

tennis Padel coaching attitude

C'est le cauchemar de tout compétiteur, une angoisse équivalente à celle de la page blanche chez les écrivains : le fameux jour "sans", celui où l'on ne "sent" rien, où l'on ne met pas une balle dans le terrain… Vous connaissez forcément cette horrible sensation et, mauvaise nouvelle, vous la connaîtrez encore. La bonne nouvelle, c'est que ça n'est pas irrémédiable. A condition de bien respecter ces étapes.

 

1/ Analyser ce qui ne va pas

Même si vous n'avez pas vu venir la catastrophe tennistique que vous êtes en train de produire, celle-ci a forcément une origine. Il convient de bien la chercher car les explications peuvent être très diverses et les causes soit endogènes (mauvaise approche du match, stress exacerbé, problèmes personnels, fatigue…), soit exogènes (conditions de jeu, adversaire au style défavorable, cordage détendu…).

"Il faut impérativement faire son auto-analyse afin de pouvoir chercher rapidement une solution au problème, conseille d'entrée Philippe Robin, entraîneur national à la FFT depuis 18 ans. Ce n'est pas si simple. Cela suppose une certaine connaissance de soi, beaucoup de lucidité et d'objectivité."

Cela demande aussi pas mal d'humilité afin d'accepter que l'on se trouve en situation difficile et que l'on ne fera peut-être pas le spectacle sur ce match. Mais ne faites pas l'économie de cet effort d'introspection qui sera un premier pas vers votre résurgence.

 

2/ Tout miser sur son physique

Pour reprendre cette réplique culte des Bronzés, les jours où vous ne parvenez désespérément pas à conclure (les points), c'est peut-être, justement, parce que vous ne misez pas assez sur votre physique. Votre jeu de jambes, on veut dire.

Oubliez la délicieuse sensation de la balle qui "claque" dans le tamis et vient se loger où et comme vous le souhaitiez, avec une fluidité qui vous étonne vous-même. Aujourd'hui, votre plaisir sera d'aller au charbon : "Quand on n'a pas de bonnes sensations, j'insiste sur le fait de mettre de l'investissement physique car bien souvent, quand même, cela part de là, confirme Jessica Ginier, ex-n°27 française en tennis et triple championne de France de padel, par ailleurs enseignante des deux disciplines au TC Lyon.

"Le tennis reste un sport de mouvement avant tout, reprend Philippe Robin.  Quand on ne sent rien, on est tellement obnubilé par son geste qu'on en oublie souvent cette étape. Il faut être encore plus rigoureux que d'habitude dans ce secteur et s'accrocher autant que possible."

En plus, c'est connu, l'action tue l'émotion : plus vous allez transpirer, plus vous allez vous relâcher…

 

3/ Revenir aux fondamentaux

Jouer au-dessus de ses moyens n'est pas une bonne option même dans les grands jours. Dans les mauvais, c'est proscrit ! En temps de crise, mieux vaut se réfugier dans les valeurs sûres.  "Il faut jouer le plus simple possible, s'appuyer sur les schémas que l'on maîtrise le mieux, poursuit Philippe Robin. Ces schémas sont propres à chacun mais il y a des fondamentaux communs à tous : essayer de passer davantage de 1ères balles, jouer dans la diagonale, prendre plus de marge de sécurité, "chiper"…"

"C'est important de revenir à des choses essentielles, acquiesce Jessica Ginier. Déjà, dans un premier temps, penser simplement à se placer correctement et ensuite essayer de trouver de meilleures sensations, avec des choses simples. Par exemple, accompagner un peu plus les fins de geste, prendre bien la balle devant. Personnellement, j'essaie de me focaliser le plan de frappe qui est toujours très important."

Par un habile processus de détournement de l'attention cérébrale, le fait de vous concentrer sur des petites choses très simples vous permettra aussi de moins "psychoter" sur ces fameuses mauvaises sensations.

 

4/ Garder une bonne image de soi

Les jours où vous ne sentez rien, il est souvent un autre paramètre un peu plus abstrait qui contribue à vous tirer vers le bas : l'image dégradée que vous avez de vous-même. Qui n'a jamais entendu (ou lui-même proféré !), sur un terrain, cette fameuse sentence aussi fatidique que probablement erronée : "Je suis nul !!"

S'il ne faut pas s'enflammer les jours de grâce, il convient aussi d'éviter de se flageller pour un jour sans qui arrive même aux meilleurs, Federer compris. Garder une bonne image de soi nécessite, déjà, d'avoir une image de soi juste et objective. "Or, quand on s'évalue en tant que joueur de tennis, on a une image souvent un peu "améliorée", qui se calque sur ce que l'on a produit de mieux à l'entraînement, suggère Philippe Robin. Le problème, c'est qu'en match, ce n'est pas du tout la même chose et il n'y rien de honteux à jouer moins bien."

S'évaluer correctement, ne pas se déprécier les mauvais jours, accepter de mal jouer, ne pas confondre sa valeur sportive avec sa valeur en tant que personne… Autant de comportements plus rationnels, plus adultes, qui vous aideront à garder le sourire même après votre 45è faute directe de la partie.

 

5/ Aller chercher les bonnes ondes

La qualité n°1 qui vous permettra de remonter la pente lorsque vous êtes "dans le trou" sera votre capacité à rester positif, souriant. On sait que ce n'est pas facile. Mais cela reste essentiel car plus vous allez vous frustrer, plus vous allez vous enfoncer.

"Il faut se se dire : "ça va aller de mieux en mieux, il n'y a pas de raison", appuie Jessica Ginier. C'est d'ailleurs tout à fait possible de très mal commencer un match et de très bien le finir."

Ne cédez donc pas à la théorie de la fatalité. Décréter au bout de deux jeux que vous n'êtes pas dans un bon jour ne vous aidera pas à inverser le cours des choses !

"Il y a un aspect psychologique, on est dans une situation de stress dont il faut sortir, conclut Philippe Robin. Cela passe déjà par la respiration, qui est fondamentale. Ensuite, il s'agit de retrouver des ondes positives. Avoir en soi des petits "trucs" dont on sait qu'ils augmentent le niveau de bien-être : penser à une personne, un lieu, une chanson…"

N'oubliez pas, enfin, la finalité première d'un match de tennis : gagner ! Or gagner ne veut pas forcément dire bien jouer, mais mieux jouer que votre adversaire. Voire le faire déjouer, avec les moyens du bord. Cela peut être une source de satisfaction tout aussi grande qu'un coup gagnant !

 

Et au padel, alors ?

Considéré comme plus ludique et plus "facile", le padel n'échappe toutefois pas aux affres du jour sans. Jessica Ginier, triple championne de France de la discipline (et ex-441è mondiale en tennis) aux côtés d'Alix Collombon, prolonge le débat en nous expliquant la petite distinction entre les deux :  

"Au tennis, la moindre petite erreur de placement va être vite pénalisante alors qu'au padel, le contact balle raquette est plus "cool", plus facile, donc c'est plus rare de moins sentir la balle. Après, ce qui est exigeant au padel, c'est l'intensité physique. Cela demande beaucoup d'effort d'application dans le petit jeu de jambes. A partir du moment où l'on arrive à s'impliquer physiquement, on a généralement de bonnes sensations. La plupart du temps, quand je suis fatiguée, un peu molle, j'ai du mal à être dynamique et c'est là que je suis moins performante. Dans ces cas-là, on peut essayer de jouer un peu moins vite, ce qui va laisser un peu plus de temps pour s'organiser. Il n'est jamais bon au padel d'être dans la précipitation. Il faut vraiment essayer de poser son jeu, trouver ce calme et cette sérénité qui vont permettre de faire les bons coups. Egalement, au padel, on est toujours deux. Quand on est moins bien, on peut aussi s'appuyer sur l'autre."

(Rémi Bourrieres)

 

© Corinne Dubreuil, Cédric Lecocq, Pierre Froger / FFT

 

Retrouvez ci-dessous un extrait audio de l'interview de Jessica Ginier :