21/06/16

Stéphane Tilly, le ''bad boy'' des courts devenu arbitre

Stéphane Tilly, arbitre
Portrait Arbitre

Suite à une blessure au doigt, Stéphane Tilly a découvert l’arbitrage en avril dernier, lors du tournoi organisé par son club du Lannion Tennis. Un apprentissage qu’entend poursuivre cet ancien classé 1/6, qui a longtemps été le cauchemar des arbitres de sa région.

Il faut parfois des circonstances malheureuses pour découvrir l’arbitrage. Gardien de but dans une équipe de football amateurs (D1 de district), Stéphane Tilly se fracture le majeur qui reste planté dans la pelouse suite à un pénalty. Il se voit prescrire deux mois d’arrêt de travail, mais malgré une opération en février 2016, ce Breton ne retrouve pas la souplesse de son majeur. Or Stéphane est également l’un des piliers du Lannion Tennis. Classé 1/6 à son apogée, 3/6 au moment de l’accident, ce gaucher adepte des enchaînements service – coup droit ne peut, pour le moment, plus jouer comme il l’entend.

"Je sens mon majeur gauche, mais je ne peux pas du tout le plier, donc je n’aurai probablement plus jamais le même niveau, ni le mêmes prises de raquette, explique ce père de famille marié à Christelle, qui fêtera ses 37 ans en juin. Mes enfants (Noa 8 ans, et Lola, 6 ans) ne se rendent pas trop compte de ma blessure car j’arrive encore à taper la balle tout doucement avec eux."

Pour ne pas s’éloigner de sa passion, ce formateur au Crédit Agricole des Côtes d’Armor pense alors à l’arbitrage, d’autant que son club organise chaque année en avril un tournoi CNGT (Circuit National des Grands Tournois). "Une semaine avant l’épreuve, j’ai passé mes diplômes pour être arbitre A1. Durant le tournoi, j’ai arbitré 3 matchs, dont un entre un -4/6 et un -15 et j’ai reçu les félicitations des joueurs comme du juge-arbitre. Je me suis senti à l’aise dans mes annonces. Avec mon passé de joueur, mon œil est assez habitué aux trajectoires. Et puis cette expérience m’a permis de rester dans le tennis, de le vivre d’une autre manière", explique ce fan de Gaël Monfils, qui "comme lui", n’hésite pas à exprimer ses émotions sur le court.

Un bad boy reconverti

Ce premier rendez-vous réussi entre Stéphane et l’arbitrage n’avait rien d’une évidence. Car longtemps, ce fort caractère a été le cauchemar des arbitres de la région. "C’est vrai, j’avoue ! J’ai dû prendre une cinquantaine d’avertissements au cours de mes matchs, sourit le n°1 du Lannion Tennis. Je ne comprenais pas qu’on puisse annoncer certaines balles fautes quand elles me semblaient bonnes, même si je n’avais pas forcément raison. J’ai parfois été insupportable sur un terrain." Parmi ses faits d’armes : un lancer de bouteille d’eau vers son banc lors d’un match par équipes qui, par ricochet, se transforme en légère douche pour l’arbitre de chaise, ou encore quelques gros mots que John Mc Enroe n’auraient pas renié, du genre "Arrête de fumer la moquette !".

"Mais ça fait pas mal d’années que je me comporte quand même mieux sur un court de tennis, que j’ai mis de l’eau dans mon vin. Alors qu’à une époque, j’étais vraiment stupide, je m’en prenais rapidement à celui qui était assis sur la chaise, détaille Stéphane Tilly. Les arbitres ne comprenaient d’ailleurs pas le décalage entre ma gentillesse dans la vie de tous les jours et mon côté compétiteur exacerbé." Le fait d’être passé « de l’autre côté » a donc fonctionné comme une prise de conscience : "Sans arbitre, les clubs ne peuvent pas participer aux compétitions nationales. Or je me rends compte qu’il est difficile d’en trouver quand j’organise moi-même des rencontres par équipes pour le Tennis Club de Lannion. Donc, il faut les respecter."

Membre de l'ASEFT

Stéphane Tilly se trouve aujourd’hui à un tournant. Il saura d’ici juillet s’il peut rejouer au tennis à bon niveau. Dans le cas contraire, le coach et capitaine de l’équipe 1 du Lannion Tennis, éducateur du club et également membre du Conseil d’Administration poursuivra son expérience arbitrale : "Quoi qu’il arrive, je vais arbitrer des matchs de DN4, tandis que des juge-arbitres m’ont contacté pour cet été. Après, pourquoi ne pas postuler pour des Challengers en Bretagne (Quimper, Rennes, Brest) ou pour être juge de ligne à Roland-Garros ? Car en tant que joueur, même si j’ai fait partie des meilleurs Bretons, je n’ai jamais eu la chance d’y disputer les championnats de France, puisqu’à mon époque, ceux par équipes avaient lieu à Poitiers."

Hyperactif, Stéphane est également membre de l’association des supporters des équipes de France de tennis (ASEFT), pour la Coupe Davis et la Fed Cup. Pas rancunier envers le football, cet admirateur de Manuel Neuer et de l’ancien attaquant marseillais Chris Waddle, continue d’être abonné à l’En Avant Guingamp, afin de vivre "de belles émotions dans un club familial".

 

(Baptiste Blanchet)