11/09/20

Trois clés essentielles pour passer (enfin !) le cap de la 2è série

Compétition Classement

Peut-être parce qu'il a longtemps été l'échelon minimal à atteindre pour passer le Diplôme d'Etat – désormais fixé à 15/2 –, le classement 15, également porte d'entrée de la 2è série, a toujours représenté une sorte d'Eldorado pour nombre de compétiteurs. Voici quelques conseils et témoignages pour vous aider à passer le cap.


Ils sont 13 832 en France et constituent l'anti-chambre de l'élite dans la pyramide des classements FFT. Les joueurs et joueuses de 2è série incarnent aussi, pour de nombreux compétiteurs de l'étage du dessous, un club très sélect à l'entrée duquel beaucoup se sont cassés les dents.

Sauf à être un surdoué ou un ancien 1ère série, impossible en effet d'accéder à la 2è série en dilettante. La compétition devient vraiment féroce et nombreux sont ceux qui témoignent du fossé existant entre les échelons 15/1 et 15.

Pour franchir le cap, il faut jouer plus, s'entraîner plus, "matcher" plus. Mais ce n'est pas toujours suffisant. Encore faut-il aussi travailler dans la bonne direction. Pour vous y aider, nous avons sollicité les conseils de Ralph Boghossian, DE au club du TC Gemenos (Bouches-du-Rhône) et préparateur physique pour des joueurs de haut niveau (Louis Tessa, Benjamin Bonzi ou Julien Cagnina, entre autres). Et nous avons fait appel à des exemples concrets de joueurs qui nous racontent comment ils ont fait pour parvenir à percer le plafond de verre.
 

1/ Trouver son identité de jeu

Jusqu'à un certain niveau, on joue souvent au tennis avec le souci principal de réussir des beaux coups, dissociés les uns des autres. Sauf à avoir un immense potentiel, ça ne suffit plus en 2è série, où il faut avoir un véritable plan de jeu.
Cela sous-entend de parfaitement se connaître, d'avoir conscience de ses forces mais aussi de ses faiblesses, de savoir dans quelle filière on est le plus efficace. A partir de là, on va pouvoir définir son identité de jeu, son " GPS intérieur " comme l'appelle aussi Ralph Boghossian : "Que vous soyez rameur, serveur-volleyeur, cogneur du fond de court ou autre, peu importe, mais trouvez bien votre style. Vous vous focaliserez ainsi sur moins de choses mais vous les ferez mieux. Une fois repéré votre schéma préférentiel, vous allez le répéter, inlassablement. D'accord, c'est l'opposé du tennis-champagne mais c'est comme ça que l'on devient solide. Pour reprendre une citation : 'Si tu ne sais pas dans quel port tu vas, aucun vent ne te sera favorable.' "

Premier travail, donc : définissez-vous une identité, changez même d'identité s'il le faut. Et tenez vous-y.
 



2/ Augmenter le niveau global d'intensité

C'est aussi ce qui différence principalement un 2è série d'un 3è série. Ça ne joue pas forcément mieux mais plus solide, plus dense, plus intense du début à la fin.

Pour passer le cap, vous n'aurez d'autre choix que de monter le volume à votre tour. "Cela va vous demander un engagement physique et mental plus important", avertit Ralph Boghossian. Une séance physique hebdomadaire semble être un minimum.

En début de 2ème série, le tennis est souvent très cardio du fait d'un ratio longueur/vitesse des échanges particulièrement élevé. Vous devrez également augmenter votre niveau de concentration parce qu'en 2è série, ça ne lâche plus beaucoup de points...

Enfin, sur le plan technique, vous allez devoir sortir sensiblement de votre zone de confort. "Si vous vous sentez à l'aise avec une vitesse de balle à 50 km/h, il faut que vous passiez à 52-53, tout en gardant la même marge de sécurité, synthétise Ralph Bohossian. Ce qui signifie que vous devrez vous entraîner à 60. Cela va vous mener en zone rouge au début, mais progressivement, vous augmenterez ainsi votre vitesse de jambes et de tête de raquette."

Vous augmenterez aussi votre niveau " moyen ", le seul sur lequel il faut se concentrer.




3/ Surmontez vos barrières psychologiques

Le cap de la 2è série, c'est aussi bien souvent un cap psychologique à passer. Même encore aujourd'hui où il n'est plus la porte d'entrée obligatoire pour passer le DE, le classement 15 conserve tout son pouvoir de fascination. Pourtant, si le niveau y est plus élevé, c'est un niveau loin d'être insurmontable pour un joueur qui a été capable d'arriver à 15/2 ou 15/1. Inutile de surjouer (classique), mieux vaut plutôt réfléchir sur les bons ajustements à faire à son jeu.

Avant de franchir le Rubicon, il va donc falloir vous armer mentalement. "Il faut déjà connaître les raisons profondes pour lesquelles on veut monter 2e série, développe Ralph Boghossian. Le simple fait de savoir ce "pourquoi" va vous aider à surmonter les moments difficiles. Car mentalement aussi, vous allez devoir monter le niveau d'intensité. La compétition est rude. En 2e série, tous les joueurs ont une routine de match."

Vous l'avez compris, le chemin peut être long. Raison de plus pour vous concentrer sur celui-ci plutôt que sur le but à atteindre. Et vos barrières, vous verrez, voleront en éclats.


 

(Rémi Bourrieres)

 

Ils témoignent

Sébastien (40 ans, TC Nogent-sur-Marne)
"J'ai toujours plafonné entre 15/4 et 15/2 jusqu'à l'approche de la quarantaine. Et puis, comme le bon vin, je me suis bonifié avec l'âge et je suis monté 15 en 2018 ! Deux choses m'ont permis de passer ce cap. D'abord, j'ai changé de raquette après avoir longtemps joué avec un modèle trop lourd pour moi. Et j'ai également changé de club. Je suis tombé sur un entraîneur génial qui m'a aidé à croire en moi. Je suis un joueur atypique, doté d'une technique très moche, avec une prise coup droit pour tous les coups. On a passé 30 ans à vouloir me la changer en vain. Lui m'a dit de la garder et de jouer sur mes points forts. On a uniquement travaillé sur des séquences de jeu. Ça m'a vraiment débloqué. Plus jeune, j'étais plutôt renvoyeur. Aujourd'hui, je n'hésite plus, je prends le jeu à mon compte avec mon coup droit."

Gabin (23 ans, Romilly Sports 10 Tennis)
"Je viens tout juste de monter 15 pour la première fois. Passer en 2è série, c'était vraiment un objectif, une obsession même. Cela faisait longtemps que je bloquais sur ce cap puisque j'étais monté 15/1 en 2014, à 17 ans. L'an dernier, je suis même redescendu 15/2. Et puis, je me suis bien remotivé pendant le confinement. Avec un groupe d'amis, on a fait une grosse préparation physique en visio. C'est peut-être ce qui me manquait. En 2è série, on trouve rarement des joueurs mal préparés. Ensuite, je me suis donné les moyens. J'ai disputé environ 35 matches pendant l'été. J'ai trouvé une constance dans mon tennis que je n'avais pas avant. Et ça a payé."

Cédric (41 ans, C'Chartres Tennis)
"J'ai été 15/1 pendant des années, je stagnais à ce classement sans trop savoir pourquoi. Ça me préoccupait car mon projet était de devenir DE. Le déclic est venu d'un travail avec un entraîneur qui m'a fait comprendre que ce qui comptait avant tout, c'est la régularité. A la base, j'ai un tennis un peu trop créatif. J'ai évolué en recherchant en priorité la longueur et la régularité, ce qui m'a forcé à faire en parallèle un travail physique. Egalement, j'ai opté pour une approche tactique différente dans les points importants, que je ne jouais pas différemment des autres auparavant. Mais je n'ai pas révolutionné mon jeu. C'est plus une approche tactique et physique différente qui m'a permis finalement de monter 5/6."

Baptiste (19 ans, TC Montpellier)
"Je suis monté 15/2 à 15 ans puis j'ai stagné pendant quatre saisons en tête de 3è série avant de passer enfin 2ème série l'an dernier. C'était important pour moi. Mon frère a été classé 0 après avoir été parmi les meilleurs Français chez les jeunes, mon père est DE et a été à 2/6. J'avais un petit complexe par rapport à eux. Mais j'ai eu du mal à passer ce cap. En 2è série, ça ne joue pas plus fort mais plus construit, plus patient.  Mon jeu de contre ne suffisait plus parce que je ne tenais pas la distance. Un jour, j'ai perdu un match après avoir mené 6-3, 5-0. Ça a été un déclic. J'étais un peu rondouillard alors pendant un moment, j'ai fait moins de tennis mais beaucoup plus de sport pour perdre 12 kilos. Ça m'a permis d'adapter mon jeu aux exigences de la 2ème série et me voilà désormais 4/6."

Thibauld (5/6, Stade Toulousain)
"J'ai passé pas mal d'années à 15/2-15/1. Mais quand j'ai commencé à affronter des 2ème série, je me mettais une barrière. J'avais un peu peur de ces joueurs là. Je suis passé dans une plus grande structure pour trouver des meilleurs partenaires. Car pour passer en 2è série, il faut jouer régulièrement contre des joueurs de ce niveau. Je recherchais aussi un DE qui m'apporte quelque chose de plus fin en terme de jeu, pas forcément de technique. A partir de la 2è série, on commence à voir les séquences de jeu qu'on retrouve à haut niveau, des diagonales croisées suivies d'un "pétard" long de ligne. J'ai beaucoup travaillé à mettre en place un autre style de jeu. Cela a donc été un déclic tactique d'abord, la technique a suivi. Il faut aussi un déclic mental pour se convaincre qu'on est capable de le faire. Finalement, j'ai passé le cap en 2015, avant de monter jusqu'à 4/6."