12/09/19

Trois pièges à éviter après une forte progression au classement

tennis conseils Mental attitude

Vous sortez d'une superbe saison validée par une forte progression au classement ? Bravo à vous ! Mais restez vigilant. Sinon, vous risquez de tomber dans l'un de ces pièges classiques qui pourrait vous faire redescendre sur terre…

"Le plus dur maintenant va être de confirmer…" Voilà bien une expression tennistique éculée, sinon galvaudée, mais qui pourtant contient beaucoup de vrai. Combien de fois voit-on en effet des jeunes (ou moins jeunes) joueurs de tout niveau faire un grand bond au classement avant de stagner, voire régresser, parfois irrémédiablement... Les raisons peuvent être multiples, bien sûr. Mais il y a néanmoins des écueils communs à tous ceux qui connaissent un jour ce type d'ascension fulgurante.

Deux experts s'invitent ici pour vous aider à les décoder et les éviter.

 

Piège n°1 : se reposer sur ses lauriers

En clair, prendre un peu le "melon" et se croire arrivé. Evidemment, le "calcul" est d'autant plus faux que plus on monte, plus il va falloir au contraire mettre les bouchées doubles. L'ancien joueur français Olivier Delaître, capitaine de l'équipe de France juniors vainqueur de la Coupe Valerio Galea cet été, a connu ça : "Jeune, je suis passé en deux saisons de 15 à -15 et l'année d'après, j'ai "stagné" à -15. Il a fallu que je me remettre complètement en question et que je change ma manière de travailler. Pour passer ce nouveau cap, il m'a fallu acquérir beaucoup de choses dont je n'avais pas besoin au niveau inférieur."

Romain Bastide, un préparateur mental qui collabore notamment depuis trois ans avec un tennisman professionnel français, estime que cette phase est aussi fréquente que normale : "Dans la vie en général, chaque être humain suit une évolution qui se fait par palier. A chaque fois que l'on atteint un nouveau palier, il y a une phase d'acclimatation inévitable, un peu comme pour un alpiniste qui gravit un sommet. Et souvent, on a tendance à revenir un peu en arrière car il y a des paramètres de l'ancien palier que l'on n'a pas complètement intégré. Dans la nature, on appelle cela, le pédomorphisme, une sorte de retour à l'enfance.

 

Piège n°2 : se sentir illégitime

C'est un sentiment souvent dépeint notamment chez les joueurs amateurs, dont l'image qu'ils se font d'eux-mêmes progressent souvent moins vite que leur classement. Et le problème est que, du moins dans les premiers temps, d'inévitables défaites peuvent venir accréditer voire renforcer ce sentiment d'illégitimité. 

"L'année qui suit une forte progression, on va forcément jouer et donc gagner beaucoup moins de matches, confirme Olivier Delaître. C'est logique, puisque l'on affronte de suite des joueurs que l'on retrouvait un an plus tôt après avoir gagné plusieurs matches. Donc avec des repères, du rythme, et aussi moins de pression. Là, c'est beaucoup plus compliqué."

Pour se prémunir de ce qu'il appelle le "syndrome de l'imposteur", Romain Bastide conseille d'intégrer le plus vite possible comme une "normalité" son nouveau classement : "Le 15/5 qui monte 15/1 doit intégrer toute la "panoplie" du 15/1. Il ne faut pas qu'il arrive sur le court avec le sentiment d'être un 15/5 déguisé un 15/1, mais bel et bien ÊTRE un 15/1 au plus profond de ses cellules."

Comme on dit, vous n'avez pas trouvé votre classement dans une pochette surprise…

 

Piège n°3 : changer son approche du jeu

Quand on monte, beaucoup de choses "changent", à commencer par le niveau de ses adversaires et les attentes autour de soi. Dans ce contexte mouvant, il est important de trouver en soi, justement, un îlot de stabilité.  Or, on constate que c'est souvent l'inverse qui se produit, pour différentes raisons déjà évoquées : complexes, pression supplémentaire, baisse du nombre de victoires, etc. Un joueur qui disputait des matches uniquement pour le plaisir, avec succès, peut soudainement se mettre à jouer pour avant tout protéger son (nouveau) classement. Et ce simple changement d'attitude peut suffire à lui faire perdre les pédales.

"Quel que soit son classement, il faut rester soi-même et garder son humilité, avise Olivier Delaître. Ce n'est pas parce qu'on est monté 15/4 que l'on doit obligatoirement battre tous les 15/5 du monde ! Le tennis n'a jamais fonctionné comme cela. En fait, il faut enlever cette étiquette de classement pour se concentrer uniquement sur le jeu. Et surtout, continuer à se faire plaisir !"

Pour Romain Bastide, cela revient à une action à la fois très simple et très compliquée : rester dans le présent : "Que l'on soit 15/1, Non-Classé ou n°4 mondial, la qualité de sa prestation va dépendre de sa qualité de présence. Un match de tennis, comme la vie, se joue toujours dans l'instant présent. A la seconde où vous vous dites que vous êtes 15/1 et que vous ne devez donc pas perdre à 15/2, vous perdez votre liberté."

 

Alors, on fait quoi ?

Pour éviter les pièges qui vous attendent au détour de votre ascension, Romain Bastide propose de suivre un processus en 3 étapes :

1/ La valorisation. "Il est important de prendre le temps de mesurer le chemin parcouru, en être fier et enthousiaste, afin de créer du bien-être autour de cela. C'est vraiment important de se sentir bien car c'est ce qui emmène encore plus de résultat."

2/ L'intégration. "Il faut déjà considérer et accepter qu'il y a une phase d'acclimatation normale, prendre le temps de l'observer de la vivre pleinement… Après quoi, l'objectif sera de créer une "normalité" autour de son nouveau classement. Il faut envoyer à son "ordinateur de bord", qui fait des mises à jour régulièrement, l'idée que l'on s'y sent bien."

3/ La focalisation.  "Il est normal d'avoir de temps en temps le cerveau qui part un peu ailleurs et envoie de "mauvaises" pensées. Mais la vraie compétence, c'est de savoir se refocaliser sur des choses qui nous font du bien. L'idée est de toujours revenir au centre. On peut utiliser des images métaphoriques pour cela, comme un niveau ou le balancier d'une horloge."

 

Ecoutez l'interview de Romain Bastide :

 

(Rémi Bourrieres)