25/09/20

Trois secrets pour bien glisser sur terre battue

terre battue

Quasiment inné pour certains, cauchemardesque pour d'autres, le déplacement sur terre battue requiert en tout cas une maîtrise parfaite de la glissade. Frédéric Fontang, l'entraîneur français de Felix-Auger-Aliassime (et lui-même ancien terrien patenté), nous aide à décrypter les secrets de ce mouvement bien spécifique que l'on voit pendant pendant Roland-Garros. 
 


1/ Glisser sans retenue

Déjà, prévenons les plus réfractaires : "Sur terre battue, la glissade est quasiment obligatoire. Au moment de poser votre appui, vous serez forcément entraîné par votre élan", prévient Frédéric Fontang, vainqueur d'un titre ATP sur terre battue, en 1991, à Palerme, et finaliste la même année à San Marin.

Evidemment, la glissade sera plus ou moins longue selon la vitesse et la longueur de votre course de déplacement : entre 50 cm et 1 m en moyenne pour un échange du fond de court, jusqu'à 2 m ou plus pour aller chercher une amortie ou une balle en bout de course. Mais, même infime, elle existera.

On se souvient qu'en son temps, Andre Agassi utilisait des chaussures à picots pour qu'elle soit la plus courte et la moins déséquilibrante possible. Mais honnêtement, il est préférable de ne pas aller contre les lois de la physique. Votre déplacement n'en sera que plus fluide et plus efficace. L'acceptation est le premier pas vers la maîtrise de la glisse. Le reste viendra naturellement.


 
2/ Glisser au bon moment

Le critère n°1 d'une glissade réussie est probablement son timing. "Le moment où vous commencez à glisser détermine, selon votre vitesse, le moment où vous finissez de glisser, énonce l'ancien entraîneur de Jérémy Chardy. Le but est d'arriver à la frappe en bout de glisse, afin de jouer arrêté et avec des appuis bien stables."

Cela paraît évident dit comme ça, mais c'est plus compliqué qu'il n'y paraît. On se souvient des difficultés dans ce domaine d'un Pete Sampras, qui avait tendance à glisser après la frappe "et qui perdait ainsi quasiment 2 mètres, le temps de se replacer."

Sans en arriver à de telles extrémités, il faut avoir conscience qu'une simple erreur de quelques centimètres dans l'estimation de la trajectoire de glisse a des conséquences fâcheuses. D'abord parce que la distance perdue se compte double : la distance de glisse, puis la distance de replacement. Ensuite parce qu'une frappe effectuée en glissant n'est, par définition, pas stable.

La coordination est donc la qualité primordiale du bon glisseur. Raison pour laquelle ceux qui ont grandi sur terre partent avec une longueur d'avance. Mais que l'on se rassure, ça se travaille aussi.



3/ Glisser du bon pied

"Sur terre battue, je me sens comme une vache sur une patinoire." La phrase, célèbre, avait été prononcée par Maria Sharapova, qui ne se sentait pas du tout à l'aise dans sa jeunesse sur terre battue avant de triompher deux fois à Roland-Garros. Preuve, on vous le dit, que la glissade se travaille !

Le timing n'est pas tout. Glisser implique aussi de la technique et du savoir-faire. "Pour bien glisser, il faut, comme on dit, avoir du pied, explique encore l'ancien entraîneur de Jérémy Chardy. Il ne faut pas glisser sur les talons mais plutôt sur l'avant-pied, pour garder l'équilibre. Ensuite, en bout de glisse, il faut mettre le pied en barrage pour s'arrêter plus facilement et pouvoir vous replacer plus rapidement."

Rappelons que les chaussures spéciales terre battue (avec des semelles à chevrons) sont primordiales pour ne pas patiner. Mais elles ne suffisent pas, donc. Pour ne jamais perdre le contrôle, il faut, tel un félin aux aguets, glisser toujours à bon escient, dans le bon timing, le corps parfaitement positionné.

Comme le disait Andre Agassi après avoir enfin vaincu la terre, "le tennis sur terre battue, cela ressemble à un ballet de danse qui nécessite beaucoup de travail, de patience et de sagesse pour l'apprivoiser. Mais une fois qu'on y parvient, c'est magnifique..."

Voilà une phase qui ne doit pas faire que glisser dans votre esprit.


 

(Rémi Bourrières)